
Un compagnon IA peut-il devenir l’ami d’un être humain? Le gouvernement a-t-il le devoir de s’immiscer dans la manière dont les enfants sont élevés? Est-il possible d’avoir l’esprit ouvert tout en restant fidèle à ses convictions?
Ce ne sont là que quelques exemples des dilemmes éthiques dont des élèves de partout au pays ont débattu lors de la Coupe éthique du Canada des écoles secondaires, qui a eu lieu le mois dernier au Musée canadien pour les droits de la personne.
Raymond Sokalski, interprète au Musée et ancien enseignant au niveau secondaire, s’est porté volontaire comme juge lors de l’activité de cette année. Il explique que la Coupe éthique présente des différences notables par rapport à un débat traditionnel. Lors d’un débat, les équipes adoptent généralement une position précise et souvent intransigeante sur un sujet donné.
Dans le cadre de la Coupe éthique, les équipes participantes sont plutôt jugées sur leur capacité à présenter des positions convaincantes, à soulever des objections éthiques valables et à utiliser un dialogue respectueux et informé.
« C’est une conversation entre deux groupes d’élèves issus d’écoles différentes. C’est beaucoup plus convivial », explique Raymond.
« En tant que juges, nous écoutons pour déterminer si les membres de l’équipe se sont montrés disposés à revoir leur position afin de la rendre plus convaincante qu’à leur arrivée dans la salle. En fait, on vous récompense pour votre ouverture à la critique et pour vos efforts visant à intégrer d’autres points de vue. »
Raymond se souvient avoir été particulièrement impressionné par un groupe d’élèves qui s’interrogeaient sur la mesure dans laquelle la liberté d’expression devait être protégée – même si ces élèves n’étaient pas d’accord avec ce qui était dit.
« Ils m’ont fait vivre une aventure. C’était un débat complexe à plusieurs niveaux, car en tant que société, nous voulons protéger la liberté d’expression tout en évitant d’encourager la haine », explique Raymond.
« Cette équipe avait envisagé toutes les possibilités; elle a évoqué le devoir déontologique (la responsabilité d’agir de manière éthique ou morale) et le débat ouvert sur des idées qui pouvaient être retenues ou rejetées en fonction de leurs mérites propres, ainsi que les sacrifices et les engagements que cela pourrait impliquer. C’est le genre de réflexion approfondie à laquelle se livrent ces élèves de la 10e à la 12e année. »
Les équipes gagnantes avancent dans la compétition de style tournoi, et l’une d’entre elles est finalement déclarée gagnante. Cette année, 12 équipes venues de l’Alberta, de la Colombie-Britannique, du Manitoba, de l’Ontario, du Québec et de la Saskatchewan ont participé à la compétition.
L’équipe gagnante du concours en anglais organisé au Musée est celle du Bloor Collegiate de Toronto.
La compétition en français s’est déroulée simultanément à l’Université de Saint-Boniface et l’équipe gagnante est celle du Collège Nouvelles Frontières de Gatineau.

Cependant, les élèves lauréats repartent avec bien plus qu’un simple trophée. Raymond souligne que l’ensemble des élèves qui participent à la Coupe éthique acquièrent des compétences qui leur serviront bien au-delà de la compétition.
« Savoir écouter, c’est ce qu’il y a de plus important. À leur grande surprise et à leur grand désarroi, les équipes qui sont arrivées avec des discours appris par cœur ne sont pas récompensées pour avoir mémorisé une série de positions prédéfinies et immuables. Ce sont les équipes qui cherchent à donner la priorité à leurs valeurs de manière concrète et réaliste, et qui sont ouvertes aux idées visant à préserver ces valeurs.
C’est l’une des formes les plus riches de réflexion approfondie et d’esprit critique que j’aie jamais vues. »
Outre le concours, les élèves ont également eu l’occasion de participer à des programmes d’éducation aux droits de la personne pendant leur visite au Musée. Les compétences acquises leur seront très utiles pour devenir des défenseur·e·s qui font preuve d’assurance et d’empathie.